Camille Zabka, Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants, L’Iconoclaste.

« C’est la bonne nuit pour fuir. La lune éclaire la route. Je chante pour me donner le courage de rejoindre le village, au loin là-bas, de l’autre côté de la forêt. Je chante pour ma fille, endormie dans le kain. Une berceuse, quelques mots simples en bahasa: ils disent de ne pas craindre le vent qui gronde, ni les chiens errants dans l’ombre. Un arbre s’ébroue très haut. Je retiens mon souffle, protège mon enfant de mes mains. Un singe peut-être, ou un ours des cocotiers. Le bois se tait un court instant puis reprend sa rumeur nocturne. »

« A Magelang, j’ai découvert la chaleur. Pas une chaleur naturelle, non. Une chaleur recrachée par les pots d’échappement et la climatisation des maisons, une chaleur lourde des brûlis et des feux de forêt. Quand j’avais appris que nous viendrions vivre en Indonésie, j’avais rêvé un éternel été, une garde-robe légère, des chapeaux. Mais la chaleur ici est si étouffante. Elle comprime les corps, brûle les yeux et remplit la bouche, la gorge et le nez. Il n’y a pas de saison et le jour se lève toujours sur un ciel lourd de nuages. »

Pour finir cette première semaine de vacances, j’ai intercalé dans ma Pile à lire, conséquente, je veux bien l’avouer, la lecture du dernier Camille Zabka, Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants. J’avais découvert l’autrice avec son premier roman, Celle qui attend, et avait tout de suite apprécié sa plume. A quelques jours près, mon Papa finissait Celle qui attend alors que je débutais la lecture du dernier paru. Vous l’avez déjà compris, dans la famille, on lit, on lit, on lit ! Une lecture qui a accompagné un après-midi de presque printemps, où le soleil commençait à chauffer notre peau qu’on osait exposer…

Ce roman ne peut pas être résumé : on perdrait toute la dimension poétique en se frottant à cet exercice. Si nous pouvons dire qu’il s’agit d’une femme qui prend la fuite avec sa fille, on lit ce roman comme un long poème, dédié à la vie, à ses peurs, à ses craintes, à ce que nous sommes et ce que nous pouvons devenir. Ce livre raconte l’espoir, la prise en main d’une vie que nous pensions toute tracée. Ce livre raconte aussi l’amour, sous toutes ses formes. L’amour filial qui n’est pas toujours compris lorsqu’il est là, l’amour conjugal qui parfois n’est déjà plus là, l’amour de la nature, l’amour de cet autre qui représente la liberté… Un roman polymorphe dans lequel le lecteur est plongé. Une jolie parenthèse poétique.

Emmanuelle Florquin, Walter ou l’impossible algorithme du Commis Voyageur, Librinova.

« Que crois-tu donc avoir été ? un dandy venu d’une autre époque ? Crois-tu vraiment que tu venais de nulle part ? As-tu oublié ces centaines de milliers de kilomètres chaque année que tu faisais ? mordre sur tes dents que tu disais… t’as oublié le prix payé pour te sentir le week-end gai et spirituel en claquant ton fric, le prix de la route tu l’as oublié et celui de tes clients aussi qui t’emmerdaient au point que tu ne leur répondais plus, t’as oublié ? Crois-tu avoir été unique ? Exceptionnel ? Tes souvenirs ont fait de moi un mythe. Le pire c’est que tu te crois encore anti-conformiste mais quand donc vas-tu me lâcher les bretelles Walter ! »

« Au hasard il avait tapé dans Google Le Problème du commis voyageur (The Salesman’s Problem) et avait découvert avec stupeur qu’il s’agissait d’un problème mathématique, un algorithme ! Un monde gigantesque s’ouvrait à lui. Richard avait donc vu juste en martelant à tout le monde que les déplacements d’un commis voyageur posaient problème, les scientifiques même le disaient que c’était mathématiquement insoluble et depuis des lustres ! Quelle trouvaille ! Quelle énigme ! »

Alors que certains départements se voient confiner le week-end, il est temps – si vous avez une pile à lire qui s’épuise – de faire les stocks ! Pour ma part, je ne suis jamais à court de livres, tant ma bibliothèque regorge de romans achetés, trouvés, donnés, qui sont encore à lire ! En cette fin février, je vous présente le dernier roman d’Emmanuelle Florquin, que je remercie d’ailleurs pour l’envoi de son livre. Pour une férue des mathématiques que je suis, j’ai trouvé le titre très original et il m’a fait me poser plein de questions sur l’intrigue qui pouvait se dessiner derrière…

Walter était un commercial. L’un des meilleurs, au chiffre d’affaire annuel qui explose. Pourtant, lorsque son ancienne entreprise veut lui faire signer un contrat, cela n’a plus rien à voir. Les directeurs ne sont plus les mêmes, et le nouveau a clairement une dent contre Walter. Entre bâtons dans les roues, rabaissement et pièges tendus, Walter continue pourtant inlassablement à travailler du mieux qu’il peut. Comment ce personnage va-t-il se construire dans ce monde du travail en contraste avec ce qu’il a pu connaître dans une autre époque ?

Ce roman est le premier tome d’une trilogie. Si l’histoire de ce livre peut sembler banale, j’ai apprécié la façon dont elle est conduite. Les dialogues, qui pourraient très bien être adaptés sur une scène, donnent à ce texte un air de l’Atelier Volant de Valère Novarina, où le monde du travail est scindé en deux, d’un côté les employés prisonniers de la chaîne du travail, et de l’autre un patron à l’insolence des plus parfaites ! Walter apparaît ici comme le prisonnier de son patron, sa marionnette, et il est dépassé par ce nouveau monde de fonctionnement. Un roman qui se veut être une réflexion sur le monde du travail, dans laquelle – en amateur de théâtre – nous pouvons voir une dimension cathartique.

Michel Bussi, Rien ne t’efface, Les Presses de la Cité.

« La ritournelle gagne en intensité, semble s’approcher, sans gagner en qualité, bien au contraire. Je vois enfin apparaître Tom. C’est lui qui joue ! Il se dirige vers le banc, au milieu de la cour de la ferme. C’est d’abord sa solitude qui me frappe, cette étrange inquiétude dans son regard, comme s’il avait été parachuté dans la cour, était tombé d’une lune ou d’une fusée, et que chaque détail l’effrayait. Esteban avait le même regard, une absence, une distance, cette fenêtre ouverte sur une planète où seuls les véritables artistes peuvent s’égarer. Mais Esteban était un enfant aimé, entouré, écouté. J’étais attentive à la moindre de ses qualités. Tom, lui, paraît… abandonné. »

« Je parviens déjà à l’entrée de Murol quand RFM Auvergne cesse de grésiller. Jean-Jacques Goldman grave l’écorce, jusqu’à saigner. Ma première consultation n’est que dans une heure, je les avais toutes décalées, ignorant combien de temps les gendarmes allaient me garder. J’ai une heure à tuer ! J’hésite entre m’arrêter au cabinet ou remonter jusqu’au Moulin, le temps de boire un café, de faire un câlin à Gaby, il doit être encore au lit… »

Il y a des sorties incontournables. J’attends toujours avec impatience le nouveau roman de Michel Bussi. J’ai donc intercalé cette lecture entre deux autres romans de ma Pile à lire – que j’ai tout autant envie de découvrir. Mais l’appel du suspense, du mystère, de la plume de Michel Bussi a été plus fort que tout ! Et je n’ai pas été déçue ! Comme d’habitude, vous ne trouverez pas un grand résumé, pour que vous puissiez vous délecter de la découverte de cette intrigue…

Maddi, médecin, et son fils Esteban – qui fête ses dix ans – ont un rituel. Après une promenade au bord de la mer, Maddi donne une pièce d’un euro à son fils pour qu’il s’arrête à la boulangerie avant de rentrer, seul, pendant qu’elle prend sa douche. Sauf qu’en ce matin d’anniversaire, Esteban ne rentre pas. Dix ans plus tard, alors que Maddi a refait sa vie, avec Gabriel, elle aperçoit le sosie d’Esteban, sur cette même plage où il a disparu. Une obsession : le retrouver. Jusqu’où ira Maddi pour retrouver ce jeune garçon ? Gabriel la suivra-t-il dans cette folie ?

Une fois de plus, Michel Bussi met au défi les lois de notre logique interne ! Une intrigue qui mêle une rationalité exacerbée à une surnaturalité des plus incontestables. Vous l’aurez compris, ce roman se tisse sur des contradictions qui s’attirent – sur des ressemblances opposées. Un roman aux multiples paradoxes qui pourtant nous offre un fil, un guide dans les grottes de Jonas. Notre issue dans ce qui semble être un mouroir. On s’y accroche. On y croit. Et la résolution n’en est que plus fantastique. Une histoire hautement machiavélique, à la limite de la cruauté. Un roman de Michel Bussi comme on les aime !

Jean-Baptiste Andréa, Des diables et des saints, L’Iconoclaste.

« Et puis un jour, au détour d’une sonate, j’ai saisi. Personne n’a pensé que Dieu était peut-être, tout simplement, sourd comme un pot ? Qu’il l’était déjà quand son fils a lancé Eli, Eli, lama sabachthani, pourquoi m’as-tu abandonné ? Qu’il n’a abandonné personne, qu’il a bien vu les lèvres bouger, les lèvres blêmes de son enfant, mais qu’il n’a pas compris ? »

« Parce que tu n’entends pas. Beethoven était complétement sourd quand il a écrit ce morceau. Mais il entendait. Ce que je joue, et je te joue l’un des plus beaux adagios de l’histoire – regarde leurs figures si tu ne me crois pas -, ce que je te joue, je ne le cherche pas en dedans. En dedans je suis vieux, malade, en dedans je suis vide, d’autres hommes y ont veillé, en dedans je suis sale. Pour jouer comme ça, tu devras prendre le goût du dehors. Là tu trouveras le rythme. »

Malgré une pile à lire qui est bien fournie, et dont j’ai envie de lire chacun des livres qui s’y trouvent en même temps, je ne résiste pas à la parution de certaines nouveautés, d’auteurs que j’affectionnent particulièrement. Jean-Baptiste Andréa fait parti de ces auteurs. Je l’ai découvert au Livre sur la Place, alors qu’il présentait son livre précédent. Plus je l’entendais parler de ce dernier, plus j’avais envie de le lire. Le lendemain, je me suis rendue à son stand, où nous avons discuté autour de la musique. Etant musicienne, c’était un plaisir d’échanger sur ce sujet. J’avais adoré l’idée de bande son qui était sortie pour illustrer son précédent roman ! Quand j’ai vu que Des diables et des saints parlait – entre autre – de musique, je n’ai plus résisté et j’ai ouvert le livre directement…

Joseph a un certain âge, et est pianiste. Enfin, non, pas tout à fait : il n’a pas de piano et n’est pas connu. Il joue avec les pianos des autres, ceux qui appartiennent à tout le monde, et à personne, ceux mis à disposition dans les gares ou les aéroports. Les passants sont unanimes, émerveillés par son talent. Un voyageur, qui s’étonne qu’il ne joue pas ailleurs que dans cette gare, l’entraîne à raconter son histoire, celle de diables, et de saints…

Des diables, des saints, sont-ils deux entités distinctes ? Ce roman a une temporalité duale: on suit à la fois les aventures d’un Joseph âgé, libre, et celle de son double, jeune, vivant dans un orphelinat. On plonge dans l’histoire de ce jeune garçon, dans cette quête qui l’a conduit dans cette gare. Un livre qui nous emporte, un peu à la façon du Grand Meaulnes, dans un monde ancien, où la jeunesse et les découvertes qui lui sont associées sont mises au premier plan. A lire sans plus attendre, au Clair de lune, avec un peu de Beethoven dans les oreilles.

Emmanuel Adely, et sic in infinitum, Maison Malo Quirvane.

« ainsi et de cela il y a longtemps des années et des siècles les 18 ans des garçons des deux côtés avaient la certitude de se battre pour le bien et se battaient dans la foi et se battaient dans la vigueur car se battre et vaincre est le propre des garçons »

« car hormis le dieu au nom de chacun dans sa langue et hormis la langue d’après Babel ce serait mêmes pieds mêmes jambes mêmes ventres mêmes bras mêmes cous mêmes têtes face à face ce serait mêmes corps pleins de fluides et de vie encore gauche et désir animal »

Nous voilà en février. J’hésite entre déjà et seulement tant notre perception du temps est suspendue avec cette crise sanitaire… En tous cas, cette année est pleine de surprises livresques ! C’est le facteur qui m’a apporté ce livre, et je tiens tout d’abord à remercier Babelio, et la maison d’éditions, pour l’envoi de ce livre singulier. Lorsque je l’ai pris en main, j’ai été charmée par ce titre en latin, et la quatrième de couverture : « il y a vrai dieu d’un côté et il y a vrai dieu d’un côté et ce n’est pas le même et ça pourrait résumer à ça c’est-à-dire à ceci qu’il y aurait le vrai dieu des deux côtés… ». La première page du livre mentionne l’intention de la maison d’éditions: proposer des textes inspirés par des tableaux du XVIIème siècle, exposés au Louvre. L’auteur s’est inspiré du Portrait d’Alof de Wignacourt par le Caravage. Cette impulsion, très originale, présente un joli exercice de style…

Un résumé de cette œuvre serait réducteur. Si votre curiosité est exacerbée, je vous recommande de lire ce livre en une fois, en une seule respiration. Un récit qui s’étend sur quelques quarante pages, sans majuscule, sans point. Sans phrase aucune. Des répétitions. Une logorrhée qui nous plonge dans un combat du XVIIème siècle, au plein cœur de ce tableau. Une lecture qui ne peut vous laisser de marbre. Si la lectrice que je suis a été bousculée dans ses attentes, la prof de français quant à elle a été horrifiée par l’absence de construction syntaxique. Ce texte pourrait être adapté en théâtre : un long monologue qui rappellerait Lucky dans un certain Godot qu’on attend toujours…

Marc Désaubliaux, Un été anglais, AMH Communication.

« Et moi je me fis tout petit, ne sachant quelle attitude prendre. Pourtant, j’étais partagé entre ma timidité et un sentiment de fierté d’être l’hôte de ces gens que tout le monde semblait respecter. Du plomb sous mes semelles. Nos places au premier rang, dans une sorte de stalle. Margaret m’expliqua que j’occupais le siège de Wil’. »

« Pendant tout le repas le pied déchaussé de mon hôtesse me caressa le mollet, caresses rendues invisibles par une longue nappe qui touchait presque le sol. Au début, j’avais pensé au hasard et j’avais vivement retiré ma jambe. Mais le pied fureteur de Margaret vint la rechercher et la tirer vers elle. Pendant ce temps, son regard m’ignorait, fixait celui de son mari. Mon étonnement. Que faire, que penser ? »

J’espère que vous vous portez bien, que vous trouvez le temps de lire. La lecture tient aujourd’hui un rôle plus important que jamais. A vous lire, je sais qu’elle peut vous aider à penser à autre chose, à évacuer le stress permanent qui ne nous quitte plus depuis mars 2020. En ce qui me concerne, depuis le début de la pandémie, j’ai changé de style de lectures. Moi qui ne raffolais pas de romans historiques, de romans policiers ou de romans de science-fiction, je les dévore désormais ! J’ai laissé quelque peu de côté les histoires de vie, qui, peut-être, ne me suffisent plus à cette évasion tant recherchée à la lecture d’un livre. Je tiens tout d’abord à remercier Babelio, ainsi que la maison d’édition, pour cet envoi. Je ne connaissais pas l’auteur, et je peux déjà vous dire que j’ai été conquise ! Encore une découverte pour ce mois de janvier…

Fabrice est un jeune adolescent de quinze ans. Ses parents, avec qui il n’est pas très proche, l’envoient passer un mois de l’été 1968, chez une famille, riche, anglaise : les Crown. Un séjour linguistique. Très vite, le jeune garçon voit en Margaret, la maîtresse de maison, épouse de Sir Crown, et mère de Mary et Wil’, une maman de substitution. Jusqu’au jour où Lady Crown propose à Fabrice de lui apprendre à embrasser… Un séjour éducatif sur bien des plans… Mais que gardera Fabrice de cet été 1968 ?

Un roman à deux temporalités : celle du jeune Fabrice de quinze ans, qui découvre l’amour, et celle du Fabrice, plus de quarante ans plus tard, qui fait le constat amer de cet apprentissage. Des descriptions précises permettent au lecteur de s’imaginer dans ce manoir anglais, auprès de l’étrange famille Crown. On plonge dans la tasse de thé, reflet de l’univers anglais des années 70. Parfois, on boit la tasse, tant le personnage de Margaret peut être cruel. Un coup de coeur pour ce roman !

Stéphanie Castillo-Soler, Libres dans leur tête, Librinova.

« On pourrait croire que l’enfermement a des vertus anesthésiantes; c’est le contraire. En prison on a le temps d’analyser, de réfléchir, de ressasser, et les sentiments, les émotions sont exacerbés. »

« Sans leurs dérapages respectifs comme il les appelle pudiquement, les trois hommes n’auraient certes jamais connu l’enfer de la prison. Mais leurs chemins ne se seraient pas non plus croisés. Ils ont construit une amitié solide comme on en construit difficilement à l’extérieur, où chacun vit davantage pour soi. La dure réalité de la prison montre aux hommes le vrai sens du mot solidarité. Sans elle la survie est quasi-impossible. »

Ce n’est plus un secret maintenant, mais si j’aime lire mes auteurs préférés, j’adore découvrir de nouveaux auteurs. Aussi, ce livre fait partie des découvertes, arrivées dans ma boîte aux lettres, après un échange avec l’autrice. C’est tombé ainsi, mais la plupart des autrices qui prennent contact avec moi sont aussi professeur. Je salue au passage Christelle Saïani, dont la Lumière éblouit de plus en plus le monde de la lecture ! Stéphanie Castillo-Soler, autrice du livre que je vous présente aujourd’hui, est la lauréate du concours Librinova dont le thème était celui du huis-clos…

Romain, jeune homme au passé douloureux mais qui a l’avenir devant lui, s’écarte de son chemin et commet l’irréparable. Complice de vol et de meurtre. Tout s’accélère, et le voilà en prison. Il partage sa cellule avec Laurent, même âge que lui. Si d’apparence c’est une bonne nouvelle, Laurent fait très vite sentir à son nouveau colocataire qu’ils n’ont pas le même niveau intellectuel. Pourtant, après quelques échanges des moins engageants, les deux prisonniers apprennent à se connaître. Comment cette amitié naissante va devenir leur véritable repaire, repère ?

Un texte qui met en avant les valeurs fondamentales – mais trop souvent oubliées – de la société : l’entraide, la solidarité et le respect de l’autre. On s’attache de la même façon à ces deux bad boys qui ne le sont pas vraiment. On assiste à la croissance des deux personnages, qui prennent confiance en eux et deviennent altruiste. Ils œuvrent pour la liberté, en étant conscients à chaque instant, que cette liberté passe d’abord par celle de l’esprit. Aussi, la lecture est grandement mise en avant et nous-mêmes, lecteurs, sommes libres dans nos tête lorsque nous parcourons les pages. Un roman aux multiples réflexions sur la vie, sur la société.

Collectif, Elle est le vent furieux, Flammarion.

« Chacun voulait continuer à (se) faire croire qu’il était différent, qu’il n’était pas monstrueux, qu’il était plus humain que les autres humains. Mais en vérité, c’était avoir le corps recouvert de plantes qui était éminemment humain. C’était ça, désormais, la normalité. »

« Qui je suis ? Je suis partout – l’air que vous respirez, le sol sur lequel vous marchez, l’eau que vous consommez. Je suis Gaïa et je ne vous supporte plus ».

Je remercie tout d’abord Babelio qui m’a permis de connaître ce livre, et de rencontrer les autrices par visio : Sophie Adriansen, Marie Alhinho, Marie Pavlenko, Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Flore Vesco. Cette rencontre virtuelle a été un joli prolongement de cette lecture singulière. Si je ne connaissais pas les six autrices, j’ai pu lire leurs romans en amont. Aussi, je vous ai présenté la semaine dernière Ma fugue chez moi de Coline Pierré. Vous aviez pu (re)découvrir Je suis ton soleil de Marie Pavlenko l’année passée sur mon blog. Je profiterai du mois de janvier pour publier les autres chroniques concernant les autrices de ce collectif. Ce recueil, agencé par Flammarion, est une suite de nouvelles. Marie Pavlenko est à l’origine de ce projet : le prologue a été écrit il y a quelques temps. Quoi de mieux qu’un début d’année pour s’interroger sur les problématiques actuelles, et se recentrer autour de Dame Nature, garante de notre existence et de notre survie…

Dame Nature est en colère… L’Homme ne respecte plus rien entre la surconsommation et dégradation de la planète. Etre profondément égoïste et imbus de lui-même, il se considère au-dessus de Dame Nature et de la faune. Mais ceux-ci n’ont pas dit leur dernier mot… Et si la Terre avait décidé de dire stop ? Et si elle se rebellait pour faire comprendre à l’Homme qu’il devient inhumain ? Et si la Nature utilisait la technologie pour faire passer son message ?

Ce recueil est dans l’air du temps. Les problématiques de l’écologie, de notre mode de vie, de notre point de vue sur le monde, sont au centre de ce livre. Même la crise que nous traversons se retrouve dans ce roman. On oublie vite le format nouvelle, tant la cohérence de ce recueil est grande. On assiste à des épisodes – plus ou moins réalistes – d’une Nature qui ne veut plus de ce mode de fonctionnement. Un livre coup de poing et coup de cœur qui résonne, et qui raisonne, en nous. Ces nouvelles nous touchent et sauront toucher les plus jeunes. Comme l’ont rappelé les autrices lors de la rencontre, c’est la nouvelle génération qui va pouvoir changer les choses. Il est temps d’entendre les avertissements de Dame Nature, avant d’essuyer une tempête qui pourrait être furieuse…

Coline Pierré, Ma fugue chez moi, Rouergue.

« Mes parents ont une drôle de relation. Quand ma mère rentre à la maison, ils font comme si de rien n’était, mais je sais qu’elle dort sur le canapé. Le matin, elle est toujours debout avant tout le monde. Le canapé est replié, les coussins sont à leur place. Tout est trop bien rangé. Je fais comme si je ne remarquais rien. Je prends part à ce grand mensonge, je joue le jeu de la famille normale pendant quelques jours, parce que ça me fait du bien. J’ai envie d’y croire. L’espace d’un instant, je n’ai plus besoin de faire l’effort de m’inventer une mère, je peux simplement profiter de celle qui est là, et récolter quelques souvenirs comme une collection de feuilles mortes. »

« Je pense à la vie future, à ce à quoi elle ressemblera. Etrangement, même si rien n’a changé, j’ai repris confiance en moi. Comme si m’isoler m’avait permis de me retrouver, de mieux savoir qui je suis et ce que je veux. Comme si mettre le quotidien en pause m’avait aidé à mieux le reprendre. J’ai l’impression d’avoir fugué à l’intérieur de moi. »

Tout d’abord, je vous souhaite une merveilleuse année 2021, une bonne santé pour vous, et vos proches, que de bons moments à partager, des éclats de rire, et, bien évidemment, de jolies lectures ! Je souhaite, comme nous tous – je pense – que nous puissions nous débarrasser de ce vilain virus qui s’est installé il y a presqu’un an sur la planète Terre. J’ai choisi de vous présenter ce livre aujourd’hui, parce que, finalement, en 2020, nous avons tous appris à fuguer chez nous ! Y compris hier soir lors du réveillon !

Anouk, adolescente en troisième, n’est plus dans la classe de Marina, sa meilleure amie. Un climat tendu s’installe entre elles jusqu’à ce que la guerre soit franchement déclarée ! Anouk en a assez : elle fugue. Après quelques instants à errer dans le froid de décembre, Anouk décide de fuguer…chez elle. Son plan fonctionnera-t-il ? Quel sera l’impact de cette fugue particulière sur elle et sur sa famille ?

J’ai lu ce roman en deux fois. On veut toujours savoir ce qu’il va advenir de cette jeune fille. L’idée de fuguer chez soi paraît au début complètement folle et inattendue, mais semble évidente au fil des pages. Derrière cette fugue au sens propre, on suit l’évolution d’Anouk qui fugue son propre esprit, et qui apprend à se connaître dans ce petit espace, cachée chez elle. Un livre à lire et à étudier avec nos élèves, tant pour l’aspect littéraire que pour aborder les thèmes chers à l’adolescence.

Vanessa Gault, Jeu de dupes, Editeur Vanessa Gault

« On rêvait toutes du prince charmant, à cette époque, pour avoir une vie meilleure, parce que c’est pas drôle tous les jours, de bosser dur pour des clopinettes. Moi j’étais indépendante, j’ai jamais rien demandé à personne; mais c’est vrai que ça faisait rêver, de devenir femme de patron, par exemple, avec une belle maison, et ne plus s’inquiéter du lendemain. Ton père, c’était tout ça à la fois: il me plaisait, bien sûr, et aussi il y avait le rêve, parce qu’il allait devenir médecin, il était brillant; et moi, rien que d’être avec lui, je devenais quelqu’un d’autre. Je reflétais sa lumière. »

« Oui, c’est fou; mais c’est juste parce qu’on n’est pas habitués. Au fond, est-ce que c’est vraiment fou, de dire la vérité tout le temps ? Peut-être que la vraie folie c’est de mentir à tort et à travers. »

Voici les fêtes de Noël (déjà) passées, et nos cadeaux déballés. Je suis persuadée que vous avez tous été gâtés, et que des livres se trouvaient au pied du sapin. Ces fêtes nous ont bien occupés, nous transformant en véritables lutins de Noël ! Gâteaux de l’Avent, Saint Nicolas, cadeaux faits main, préparation du menu du réveillon… Voilà pourquoi ma Pile à Lire est descendue très lentement ces derniers temps… Voici le roman que j’ai fini quelques jours avant Noël, Jeu de dupes. C’est toujours la même émotion lorsqu’un auteur – ou une autrice – me contacte, et me fait parvenir le fruit de son imagination et de son travail : son roman. Vient ensuite le moment de guetter le facteur, qui va mener avec lui le précieux colis. Et ensuite, le plus palpitant : découvrir la couverture et plonger dans l’histoire !

Laetitia est tombée amoureuse d’André Dulin. Devrions-nous dire plutôt qu’elle est tombée amoureuse de cet étudiant qui se destine à être médecin : pour Laetitia, secrétaire, cela en jette ! Lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte, André disparaît. La jeune femme essaie par tous les moyens de le contacter, mais toutes les informations que lui a laissées l’étudiant ne mènent à rien. Dix neuf ans plus tard, Brandon part à la recherche de son père dont il ne connait que le nom. De recherches en recherches, il découvre qu’un André Dulin anime un séminaire autour de la psychanalyse à l’université. Est-ce le bon André Dulin ? Que va découvrir Brandon ?

Un livre qui m’a désarçonnée au début. Le roman s’ouvre avec la voix de Laetitia, qui parle un langage familier à la syntaxe imparfaite. Mais le lecteur comprend vite au chapitre suivant que ce langage particulier donne corps au personnage de cette maman célibataire. Le changement de style est tranchant avec la voix de son fils qui s’exprime dans un français parfait (et qui corrige d’ailleurs sa mère!). L’histoire prend vie au fur et à mesure des pages. Alors qu’on ne s’y attend pas, on s’attache à ce fils qui se découvre au fil du roman. Le sujet profond de ce roman, la question de soi – questionnement si anguleux – est brossé de manière à ce que chacun puisse en comprendre les enjeux. Un roman plein de surprises !