Celle qui attend, Camille Zabka, L’Iconoclaste

« Il voit les lundi mardi mercredi jeudi vendedi samedi et dimanche. Les jours fériés, les vacances scolaires et le nom des saints. C’est absurde, ça ne veut plus rien dire pour le prisonnier. Son temps à lui, après deux mois d’incarcération, n’est plus le même que celui des gens libres. En prison, le temps traîne. »

« Libre de pouvoir descendre sur les quais, pour aller saluer Clément au bistrot des Augustins. Prendre un verre même peut-être. Il en est tout étourdi. Il a cru qu’il était libre. Il a cru aux arbres derrière la fenêtre, aux péniches, aux pavés, au vent qui vient de loin, aux odeurs de marrons grillés. Il a cru au goût de vin, aux brèves de comptoir. Il a cru qu’il irait guetter le passage de Pénélope rentrant du travail devant le restaurant où ils gardent les voitures. »

Ce livre m’attendait dans ma boîte aux lettres à mon retour de vacances. Je remercie d’ores et déjà Version Femina qui me l’a envoyé : je suis membre du jury des lectrices. Un livre que j’ai vu plusieurs fois mais sur lequel je n’avais pas pris le temps de m’arrêter. Je l’ouvrais donc sans aucun a priori. Je ne pensais pas qu’il allait tant me plaire. En deux soirées, je devais déjà – un peu à contrecœur, et restant sur ma faim – quitter ces personnages.

C’est un tournant dans la vie du jeune couple. Pénélope, Alexandre et leur fille de trois ans, Pamina, vont s’installer en Allemagne. Pourtant, le jour J, Alexandre n’est pas là : il s’est fait arrêter par la police. Arrêté quelques années auparavant, il ne s’est jamais présenté à son rendez-vous judiciaire. Aujourd’hui, ce rendez-vous le rattrape et ne lui laisse pas le choix. Un caractère bien trempé et une franchise exacerbée lui attirent la foudre du juge qui l’envoie directement en prison. On suit alors le quotidien d’Alexandre dans une prison. Pour ne pas perdre le fil de la vie à l’extérieur, il écrit chaque jour à Pénélope et à Pamina (lui qui n’est pas très littéraire devient un modèle pour ses camarades détenus), jusqu’au jour où celles-ci ne répondent plus… Alexandre se pose la question essentielle : seront-elles là à sa sortie de prison ?

Ce roman qui se déroule dans l’enceinte d’une prison permet une évasion du lecteur. Très vite, on s’attache au personnage d’Alexandre, on ressent la solitude qu’il peut éprouver, ses craintes, ses peurs. En parallèle, on découvre aussi la douleur de ceux qui sont dehors : sa femme, Pénélope, et sa fille Pamina. L’autrice nous pose une question : pour qui est-ce le plus dur finalement ? Pour celui qui est enfermé, ou pour celles qui doivent continuer à affronter la vie, sans lui ? La question de l’écriture comme échappatoire est au centre de ce roman. Au-delà d’une histoire vraie, c’est une histoire d’amour et une réflexion sur le rapport au temps.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s