Les gratitudes, Delphine de Vigan, JC Lattès.

« Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un parfum. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences. Et la peur de mourir. Cela fait partie de mon métier. »

« Vieillir, c’est apprendre à perdre. Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois. Et plus rien ne figure dans la colonne des profits. Un jour, ne plus pouvoir courir, marcher, se pencher, se baisser, soulever, tendre, plier, se tourner, de ce côté, puis de l’autre, ni en avant, ni en arrière, plus le matin, plus le soir, plus du tout. S’accommoder sans cesse. Perdre la mémoire, perdre ses repères, perdre ses mots. Perdre l’équilibre, la vue, la notion du temps, perdre le sommeil, perdre l’ouïe, perdre la boule. »

En ce samedi 15 juin, mon dévolu s’est jeté sur Les gratitudes de Delphine de Vigan. J’en avais entendu parler à sa sortie, sans y prêter plus attention que cela. Hier, je l’ai donc enfin pris en main pour en lire le résumé. Ce dernier, mystérieux, m’a intriguée. Je le prenais et le commençai donc, hier soir, installée confortablement… Je ne l’ai reposé qu’en fin de soirée, une fois terminé…

Michka est une vieille dame (ne dites pas une personne âgée, cela l’agace… Vous dites bien les jeunes, et non les personnes jeunes ?!). Elle a des problèmes d’aphasie, et une peur : celle de tout perdre. Elle cherche sans cesse… jusqu’au jour où elle ne peut plus rester seule dans son appartement. Marie, sa fille adoptive, l’épaule comme elle peut. Michka est admise dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Entre les visites de Marie, et celles de Jérôme, son orthophoniste, Michka, tout en vieillissant trop vite, va réaliser son rêve : dire merci à ceux qui l’ont recueillie lorsqu’elle n’était qu’une enfant…

Un roman bouleversant. L’écriture de Delphine de Vigan est fluide et poignante. Les mots – si importants pour Michka qui ne les trouve plus – s’emparent littéralement de vous. J’ai eu beaucoup de mal à ne choisir que deux passages dans tout ce roman, tant la beauté de l’écriture traverse ces pages. Au-delà d’une histoire touchante, simple, Delphine de Vigan nous rappelle que la vieillesse est inhérente à la vie, qu’elle fait partie de nous, que nous sommes – si nous voulons reprendre Aristote – des vieux en puissance, avant de le devenir en acte. Le temps passe. Vite. Peut-être trop. C’est pourquoi, il ne faut pas attendre pour dire les choses, au risque qu’il soit un jour trop tard… «C’est vrai, c’est pénible à la fin. On croit toujours qu’on a le temps de dire les choses, et puis soudain c’est trop tard. On croit qu’il suffit de montrer, de gesticuler, mais ce n’est pas vrai, il faut dire.»

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