Sylvain Tesson, Blanc, Gallimard.

« Dans l’allégeance à la blancheur, la neige sert de réflecteur à l’Imaginaire. On fend la substance des paysages, on est emporté par le flux, absorbé dans l’effort. Soudain, affleurent les souvenirs. Sans raison, apparaît un visage. C’est une visite clandestine née du Blanc. La fille que j’aimais, blanche blonde et bleue, s’invitait souvent dans mes jours de traversée. »

« Le ciel était froid, l’air vif, le monde semblait jeune : c’était le carillon du mensonge. En vérité la géologie s’effondrait et nous allions par les travées de la maison des morts. On croit que la montagne se dresse. Elle s’écroule. Le calcaire est une pierre de la sédimentation. »

Comme tous les nouveaux livres de Sylvain Tesson, j’attendais sa sortie avec impatience ! Et comme d’habitude, je prenais le temps de le contempler avant de l’ouvrir, le paradoxe qui me tient lorsque j’affectionne particulièrement la plume d’un auteur, refit surface : lire à la fois lentement pour m’imprégner de tous ces mots et en même temps lire vite pour découvrir ces mêmes mots…

Dans ce livre, Sylvain Tesson revient sur une aventure dans le grand Blanc, morcelée sur quatre hivers. Comme il sait si bien le faire, il nous entraîne avec lui dans ces paysages immaculés et dans ses réflexions.

Je suis toujours aussi séduite par la plume de cet auteur, chaque mot, chaque phrase, m’envoute… Mon carnet de citations se remplit toujours à l’issue d’une lecture de cet auteur !

Clin d’œil au concours organisé par Babelio et Gallimard, #claralitproust

Solène Bakowski, Rue du Rendez-vous, Harper Collins Poche.

« Cette Alice possède un Marcel-ne-sait-quoi de pas commun. Elle est jolie comme la jeunesse, pas plus pas moins, mais c’est déjà beaucoup. Elle a la main onctueuse. Le contact de son épiderme à elle avec son épiderme à lui lui procure une sensation agréable qui le déconcerte. Il avait oublié ce que ça faisait d’être touché. »

« Il regarde ensuite le firmament gonflé de gris. Il ouvre grand la bouche. Comme cette nuit. Le goût de la pluie. On dirait la fin d’un long sommeil, un rai de lumière dans la fêlure d’un vase, l’Aube à l’horizon. Un mot sur le bout de la langue. »

Si souvent je choisis les livres de manière instinctive, je suis aussi à l’affût des publications des maisons d’édition. C’est comme ça que j’ai découvert Rue du Rendez-vous, sur la page de Harper Collins. Le titre sonnait comme une invitation à la rencontre. Sa couverture aux maisons colorées contrastant avec l’esquisse en noir et blanc me laissait alors entrevoir- sinon un paradoxe- une certaine évolution… Je pris donc le chemin de cette rue du Rendez-vous…

Il pleut averse, et la grève des transports parisiens ne permet pas à Alice, jeune boulangère, de rejoindre son domicile. Elle se retrouve rue du Rendez-vous, devant une devanture délabrée. Le magasin de chaussures semble fermé mais pourtant elle toque. Marcel lui ouvre, l’accueille malgré lui, vieil homme qui n’accepte que la compagnie de Lucien, son chien, pour ébranler sa solitude chérie. Pourtant, cette rencontre va être déterminante pour Alice, comme pour Marcel…

Un roman aux multiples facettes. À la fois roman historique et histoire de vie, ce livre est le point de rencontre de deux êtres à la dérive. Une écriture qui rend parfaitement compte du temps qui passe, de nos souvenirs et des questions sur l’avenir. On rit, on est bouleversé, on espère : on vit avec nos deux personnages dans ce presque huis clos.

Je vous recommande vivement Rue du Rendez-vous où toutes les émotions vous attendent au fil des pages !

Michel Bussi, Code 612 : Qui a tué le Petit Prince ?, Presses de la Cité

« Un peu plus d’un an avant sa mort, avant de repartir combattre en Europe, l’écrivain a rédigé un court texte, d’abord considéré comme une œuvre mineure et naïve. Le Petit Prince. Et si ce conte était son testament ? Et si Saint-Ex y révélait les secrets de sa disparition ? »

« Oko a quarante ans lorsque le géographe le contacte. Ce n’est pas son personnage préféré dans Le Petit Prince mais il aime bien son idée : créer un club des plus grands admirateurs du livre. Un club international. Le Club 612. Un club qui ne se contente pas de collectionner les éditions ou de monter des expositions. Non, tout le contraire. Un club secret. Entre quelques initiés. Un club réservé à ceux qui ont su lire entre les lignes. A ceux qui entrevoient la véritable signification du Petit Prince. Qui acceptent de consacrer leur vie à percer son secret. A répondre à l’ultime et sublime question que pose cette fable… »

Je profite du week-end pour partager avec vous ma dernière lecture. Vous le savez, j’adore les romans écrits par Michel Bussi, vous avez eu l’occasion de trouver sur ce blog les chroniques de ses derniers livres. Mais j’ai aussi un amour particulier pour Antoine de Saint-Exupéry. Cet amour est né alors que nous étions, mes parents et moi, au Futuroscope. J’avais huit ans, et je découvrais cet homme à travers le film Les Ailes du Courage, la curiosité de l’aéropostal était née en moi. J’avais déjà lu Le Petit Prince, mais mettre un visage sur cet aviateur, auteur, me laisse encore aujourd’hui un mémorable souvenir. La présence de Saint- Exupéry et les mots entremêlés de Bussi et de l’aviateur ne pouvait donner qu’un livre précieux…

Neven et sa coéquipière sont chargés de reprendre les commandes de son avion pour mener l’enquête sur un mystérieux club : le Club 612. Mais au-delà d’une enquête sur ce club, c’est bien le mystère de la disparition de Saint-Ex que les protagonistes cherchent à élucider. Que vont-ils découvrir ?

Un livre exceptionnel, tant dans sa construction que dans sa réflexion. Michel Bussi réussit l’exploit de reprendre en écho la forme du Petit Prince. Ainsi, si les planètes sont modernisées, si les personnages évoluent dans un autre contexte, on retrouve leurs caractères dans chaque membre du Club 612. Des clins d’oeil au Petit Prince fleurissent ici et là, pour donner un véritable bouquet de roses. Un bouquet qui nous a apprivoisé, et que nous gardons en nous en refermant le livre pour le protéger…

Avant de lire ce livre, même si vous êtes un fin connaisseur de l’oeuvre de Saint-Exupéry, je vous conseille de relire le Petit Prince. Vous ne savourerez que mieux les références glissées, de manière plus ou moins cachée, par Michel Bussi. Quant à moi, j’ai eu envie par la suite de relire (encore) le Petit Prince…

PS: si l’un, ou l’une, d’entre vous, sait comment acheter et se procurer le DVD du film les Ailes du Courage, n’hésitez pas à me laisser un message…

Une sirène à Paris, Mathias Malzieu, Albin Michel

« Ça n’existe pas les sirènes. Gaspard était expert en rêverie. Il pouvait imaginer toutes sortes de choses. Mais là, c’était la réalité. Il n’avait bu que du thé à la menthe, et à part un Doliprane et de la vitamine C, il n’avait consommé aucune drogue. Et se frotter les yeux ne changeait rien à ce qu’il continuait de voir… »

A chaque fois que Mathias Malzieu sort un nouveau roman, à sa vue dans les rayons, on s’en empare sans réfléchir, avec des étoiles plein les yeux. Peut-être que Mathias Malzieu ne vous dit rien, mais connaissez-vous le groupe de musique Dionysos ? Il en est le chanteur, et sort souvent la musique de son roman (ou le roman de sa musique). Pour ma part, j’ai découvert le groupe et l’auteur avec La Mécanique du cœur. Ce dernier m’avait enchantée. C’est tout naturellement que j’ai donc lu en ce samedi 9 mars après-midi, son dernier roman : Une sirène à Paris. Un titre qui, a priori, promet de belles rencontres !

2016, la Seine déborde : Paris est submergé. Gaspard n’est pas né avec le cœur gelé mais a décidé de ne plus aimer après une rupture difficile. Il ne se sent bien qu’au Flowerburger, le bateau cabaret laissé par feue sa grand-mère Sylvia. Camille, le père de Gaspard, prend la décision de vendre le bateau, héritage de Sylvia. Une façon, selon lui, de tourner la page et d’aller de l’avant. Libérer Gaspard de ses fantômes-souvenirs. Que Gaspard va-t-il devenir sans sa seule bouffée d’air aquatique ?

Le long de la Seine, il va faire une des rencontres les plus surprenantes. Du jeune homme vivant dans son passé, il va devenir l’acteur principal d’un drôle de présent.

Quelle parenthèse enchanteresse ! Le temps s’arrête à la lecture de ce livre. Une bulle de savon sortie du bain nous enveloppe, devenant notre nid douillet pendant la lecture, et qui éclate quand on referme le livre. C’est un véritable conte que nous propose Mathias Malzieu, un « putain de prince charmant avec une belle au bain dormant ».

PS : lorsque vous arriverez page 154, n’oubliez pas de passer la musique Une sirène à Paris du groupe Dionysos, les personnages prendront (encore plus) vie durant le temps d’une chanson !