Stéphanie Castillo-Soler, Libres dans leur tête, Librinova.

« On pourrait croire que l’enfermement a des vertus anesthésiantes; c’est le contraire. En prison on a le temps d’analyser, de réfléchir, de ressasser, et les sentiments, les émotions sont exacerbés. »

« Sans leurs dérapages respectifs comme il les appelle pudiquement, les trois hommes n’auraient certes jamais connu l’enfer de la prison. Mais leurs chemins ne se seraient pas non plus croisés. Ils ont construit une amitié solide comme on en construit difficilement à l’extérieur, où chacun vit davantage pour soi. La dure réalité de la prison montre aux hommes le vrai sens du mot solidarité. Sans elle la survie est quasi-impossible. »

Ce n’est plus un secret maintenant, mais si j’aime lire mes auteurs préférés, j’adore découvrir de nouveaux auteurs. Aussi, ce livre fait partie des découvertes, arrivées dans ma boîte aux lettres, après un échange avec l’autrice. C’est tombé ainsi, mais la plupart des autrices qui prennent contact avec moi sont aussi professeur. Je salue au passage Christelle Saïani, dont la Lumière éblouit de plus en plus le monde de la lecture ! Stéphanie Castillo-Soler, autrice du livre que je vous présente aujourd’hui, est la lauréate du concours Librinova dont le thème était celui du huis-clos…

Romain, jeune homme au passé douloureux mais qui a l’avenir devant lui, s’écarte de son chemin et commet l’irréparable. Complice de vol et de meurtre. Tout s’accélère, et le voilà en prison. Il partage sa cellule avec Laurent, même âge que lui. Si d’apparence c’est une bonne nouvelle, Laurent fait très vite sentir à son nouveau colocataire qu’ils n’ont pas le même niveau intellectuel. Pourtant, après quelques échanges des moins engageants, les deux prisonniers apprennent à se connaître. Comment cette amitié naissante va devenir leur véritable repaire, repère ?

Un texte qui met en avant les valeurs fondamentales – mais trop souvent oubliées – de la société : l’entraide, la solidarité et le respect de l’autre. On s’attache de la même façon à ces deux bad boys qui ne le sont pas vraiment. On assiste à la croissance des deux personnages, qui prennent confiance en eux et deviennent altruiste. Ils œuvrent pour la liberté, en étant conscients à chaque instant, que cette liberté passe d’abord par celle de l’esprit. Aussi, la lecture est grandement mise en avant et nous-mêmes, lecteurs, sommes libres dans nos tête lorsque nous parcourons les pages. Un roman aux multiples réflexions sur la vie, sur la société.

Collectif, Elle est le vent furieux, Flammarion.

« Chacun voulait continuer à (se) faire croire qu’il était différent, qu’il n’était pas monstrueux, qu’il était plus humain que les autres humains. Mais en vérité, c’était avoir le corps recouvert de plantes qui était éminemment humain. C’était ça, désormais, la normalité. »

« Qui je suis ? Je suis partout – l’air que vous respirez, le sol sur lequel vous marchez, l’eau que vous consommez. Je suis Gaïa et je ne vous supporte plus ».

Je remercie tout d’abord Babelio qui m’a permis de connaître ce livre, et de rencontrer les autrices par visio : Sophie Adriansen, Marie Alhinho, Marie Pavlenko, Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Flore Vesco. Cette rencontre virtuelle a été un joli prolongement de cette lecture singulière. Si je ne connaissais pas les six autrices, j’ai pu lire leurs romans en amont. Aussi, je vous ai présenté la semaine dernière Ma fugue chez moi de Coline Pierré. Vous aviez pu (re)découvrir Je suis ton soleil de Marie Pavlenko l’année passée sur mon blog. Je profiterai du mois de janvier pour publier les autres chroniques concernant les autrices de ce collectif. Ce recueil, agencé par Flammarion, est une suite de nouvelles. Marie Pavlenko est à l’origine de ce projet : le prologue a été écrit il y a quelques temps. Quoi de mieux qu’un début d’année pour s’interroger sur les problématiques actuelles, et se recentrer autour de Dame Nature, garante de notre existence et de notre survie…

Dame Nature est en colère… L’Homme ne respecte plus rien entre la surconsommation et dégradation de la planète. Etre profondément égoïste et imbus de lui-même, il se considère au-dessus de Dame Nature et de la faune. Mais ceux-ci n’ont pas dit leur dernier mot… Et si la Terre avait décidé de dire stop ? Et si elle se rebellait pour faire comprendre à l’Homme qu’il devient inhumain ? Et si la Nature utilisait la technologie pour faire passer son message ?

Ce recueil est dans l’air du temps. Les problématiques de l’écologie, de notre mode de vie, de notre point de vue sur le monde, sont au centre de ce livre. Même la crise que nous traversons se retrouve dans ce roman. On oublie vite le format nouvelle, tant la cohérence de ce recueil est grande. On assiste à des épisodes – plus ou moins réalistes – d’une Nature qui ne veut plus de ce mode de fonctionnement. Un livre coup de poing et coup de cœur qui résonne, et qui raisonne, en nous. Ces nouvelles nous touchent et sauront toucher les plus jeunes. Comme l’ont rappelé les autrices lors de la rencontre, c’est la nouvelle génération qui va pouvoir changer les choses. Il est temps d’entendre les avertissements de Dame Nature, avant d’essuyer une tempête qui pourrait être furieuse…

Coline Pierré, Ma fugue chez moi, Rouergue.

« Mes parents ont une drôle de relation. Quand ma mère rentre à la maison, ils font comme si de rien n’était, mais je sais qu’elle dort sur le canapé. Le matin, elle est toujours debout avant tout le monde. Le canapé est replié, les coussins sont à leur place. Tout est trop bien rangé. Je fais comme si je ne remarquais rien. Je prends part à ce grand mensonge, je joue le jeu de la famille normale pendant quelques jours, parce que ça me fait du bien. J’ai envie d’y croire. L’espace d’un instant, je n’ai plus besoin de faire l’effort de m’inventer une mère, je peux simplement profiter de celle qui est là, et récolter quelques souvenirs comme une collection de feuilles mortes. »

« Je pense à la vie future, à ce à quoi elle ressemblera. Etrangement, même si rien n’a changé, j’ai repris confiance en moi. Comme si m’isoler m’avait permis de me retrouver, de mieux savoir qui je suis et ce que je veux. Comme si mettre le quotidien en pause m’avait aidé à mieux le reprendre. J’ai l’impression d’avoir fugué à l’intérieur de moi. »

Tout d’abord, je vous souhaite une merveilleuse année 2021, une bonne santé pour vous, et vos proches, que de bons moments à partager, des éclats de rire, et, bien évidemment, de jolies lectures ! Je souhaite, comme nous tous – je pense – que nous puissions nous débarrasser de ce vilain virus qui s’est installé il y a presqu’un an sur la planète Terre. J’ai choisi de vous présenter ce livre aujourd’hui, parce que, finalement, en 2020, nous avons tous appris à fuguer chez nous ! Y compris hier soir lors du réveillon !

Anouk, adolescente en troisième, n’est plus dans la classe de Marina, sa meilleure amie. Un climat tendu s’installe entre elles jusqu’à ce que la guerre soit franchement déclarée ! Anouk en a assez : elle fugue. Après quelques instants à errer dans le froid de décembre, Anouk décide de fuguer…chez elle. Son plan fonctionnera-t-il ? Quel sera l’impact de cette fugue particulière sur elle et sur sa famille ?

J’ai lu ce roman en deux fois. On veut toujours savoir ce qu’il va advenir de cette jeune fille. L’idée de fuguer chez soi paraît au début complètement folle et inattendue, mais semble évidente au fil des pages. Derrière cette fugue au sens propre, on suit l’évolution d’Anouk qui fugue son propre esprit, et qui apprend à se connaître dans ce petit espace, cachée chez elle. Un livre à lire et à étudier avec nos élèves, tant pour l’aspect littéraire que pour aborder les thèmes chers à l’adolescence.

Vanessa Gault, Jeu de dupes, Editeur Vanessa Gault

« On rêvait toutes du prince charmant, à cette époque, pour avoir une vie meilleure, parce que c’est pas drôle tous les jours, de bosser dur pour des clopinettes. Moi j’étais indépendante, j’ai jamais rien demandé à personne; mais c’est vrai que ça faisait rêver, de devenir femme de patron, par exemple, avec une belle maison, et ne plus s’inquiéter du lendemain. Ton père, c’était tout ça à la fois: il me plaisait, bien sûr, et aussi il y avait le rêve, parce qu’il allait devenir médecin, il était brillant; et moi, rien que d’être avec lui, je devenais quelqu’un d’autre. Je reflétais sa lumière. »

« Oui, c’est fou; mais c’est juste parce qu’on n’est pas habitués. Au fond, est-ce que c’est vraiment fou, de dire la vérité tout le temps ? Peut-être que la vraie folie c’est de mentir à tort et à travers. »

Voici les fêtes de Noël (déjà) passées, et nos cadeaux déballés. Je suis persuadée que vous avez tous été gâtés, et que des livres se trouvaient au pied du sapin. Ces fêtes nous ont bien occupés, nous transformant en véritables lutins de Noël ! Gâteaux de l’Avent, Saint Nicolas, cadeaux faits main, préparation du menu du réveillon… Voilà pourquoi ma Pile à Lire est descendue très lentement ces derniers temps… Voici le roman que j’ai fini quelques jours avant Noël, Jeu de dupes. C’est toujours la même émotion lorsqu’un auteur – ou une autrice – me contacte, et me fait parvenir le fruit de son imagination et de son travail : son roman. Vient ensuite le moment de guetter le facteur, qui va mener avec lui le précieux colis. Et ensuite, le plus palpitant : découvrir la couverture et plonger dans l’histoire !

Laetitia est tombée amoureuse d’André Dulin. Devrions-nous dire plutôt qu’elle est tombée amoureuse de cet étudiant qui se destine à être médecin : pour Laetitia, secrétaire, cela en jette ! Lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte, André disparaît. La jeune femme essaie par tous les moyens de le contacter, mais toutes les informations que lui a laissées l’étudiant ne mènent à rien. Dix neuf ans plus tard, Brandon part à la recherche de son père dont il ne connait que le nom. De recherches en recherches, il découvre qu’un André Dulin anime un séminaire autour de la psychanalyse à l’université. Est-ce le bon André Dulin ? Que va découvrir Brandon ?

Un livre qui m’a désarçonnée au début. Le roman s’ouvre avec la voix de Laetitia, qui parle un langage familier à la syntaxe imparfaite. Mais le lecteur comprend vite au chapitre suivant que ce langage particulier donne corps au personnage de cette maman célibataire. Le changement de style est tranchant avec la voix de son fils qui s’exprime dans un français parfait (et qui corrige d’ailleurs sa mère!). L’histoire prend vie au fur et à mesure des pages. Alors qu’on ne s’y attend pas, on s’attache à ce fils qui se découvre au fil du roman. Le sujet profond de ce roman, la question de soi – questionnement si anguleux – est brossé de manière à ce que chacun puisse en comprendre les enjeux. Un roman plein de surprises !

Philippe Lechermeier & Christian Roux, Histoires à Piocher, Seuil Jeunesse.

« -Choisir, pourquoi faut-il toujours choisir ? se lamentait-il en songeant à toutes les vies qu’il aurait pu avoir. Plutôt que de trancher, persuadé qu’il fallait qu’il goûte à tout ce que le monde lui offrait, il rassembla le peu de choses qu’il possédait, s’acheta une vieille camionnette et du jour au lendemain il partit, enivré par ces milliers d’existences possibles… »

« Mais qui est-ce qui m’a fichu un auteur pareil ? Il y a pensé ou quoi ? Comment est-ce que je vais faire, moi, pour monter tout en haut de cet immense gâteau ? Je n’ai plus vingt ans, je ne suis plus un jeune premier. Alors, un gâteau géant avec, au sommet, la maison de la mère-grand, vous imaginez ? Non, cet auteur, vraiment, je ne le sens pas … Pourtant, n’allez pas croire que je fais la fine bouche. Les rôles difficiles, ça ne m’a jamais fait peur. Pendant ma longue carrière de loup, il faut voir comme j’ai enchaîné les histoires ! J’ai obtenu les plus grands rôles, j’ai connu le succès et la gloire ! Les Trois petits cochons, Le Loup et les sept chevreaux, Pierre et le loup, Le Loup-garou, Le Loup et l’agneau, tout ça, c’est moi ! Moi, moi, moi ! »

Que le temps passe vite ! Voilà que depuis Halloween, nous voilà (presque) engagés dans la période de l’Avent. Un mois que je n’ai pas vue passer, avec de nombreuses occupations (maintenant que j’ai un jardin, mes livres doivent partager mon temps libre avec mes nouvelles résidentes Mesdames les Plantes). Est arrivé dans ma boîte aux lettres ce beau livre illustré. Je remercie Babelio et Seuil Jeunesse pour cet envoi, qui m’a plongée en enfance, de l’ouverture du paquet jusqu’à la lecture du dernier conte. A partir d’aujourd’hui, et jusqu’à Noël, je vous présenterai des idées cadeaux, à glisser sous le sapin, et ce livre a toute sa place sous n’importe quel sapin, que vous ayez ou non des enfants… A la fin de cette chronique, retrouvez un paragraphe spécial : pourquoi offrir ce livre à Noël, et à qui ?

Un résumé est compliqué pour ce recueil de contes, mais sa démarche est singulière. L’auteur est parti des illustrations de Christian Roux. Pour chacune des images présentes dans ce livre, il a décidé qu’elle illustrait soit le début, soit un évènement, soit la chute d’une histoire. Les thèmes sont variés, autour de l’enfance et de la construction de soi. Des jouets personnifiés aux incroyables monstres de l’imaginaire enfantin qui prennent vie, chaque conte trouvera sa propre résonnance en fonction du vécu du lecteur.

Pourquoi offrir ce livre à Noël, et à qui ? Les illustrations sont belles, tantôt très concrètes, tantôt plus poétiques. Les histoires imaginées autour de ces illustrations présentent plusieurs niveaux de lecture. Aussi, ce livre est à offrir à tous ceux que vous aimez ! Les plus petits découvriront des histoires de leur temps, alors qu’ils jouent avec leurs jouets et leur prêtent des caractère humains. Les adolescents réfléchiront sur cette période de l’enfance, et au fait de grandir et de renier cette part d’enfant. Les adultes quant à eux, seront touchés, éprouvant une certaine nostalgie pour cette période, se remémorant les souvenirs heureux, en regardant – peut-être sont-ils encore là – leur(s) doudou(s) fétiches, l’amour de leur vie, comme les qualifie l’auteur du livre.

Sarah Rees Brennan, Les nouvelles aventures de Sabrina – l’heure des sorcières, Hachette romans

« Mon anniversaire, à la fin du mois d’octobre, approchait à grands pas. L’été touchait à sa fin. J’ai toujours su que le jour de mes seize ans je recevrais le baptême obscure, que j’écrirais mon nom dans le livre du Seigneur Obscur, et que j’entrerais à l’Académie des Arts invisibles. Quand j’étais petite, j’attendais ce jour avec impatience. J’étais pressée de réaliser le rêve de mes parents, d’être la fierté de mes tantes, de devenir une vraie sorcière. »

« A Halloween, quand Sabrina entrera à l’Académie des Arts Invisibles, Faustus Blackwood l’écrasera sous son talon, elle aussi. La demi-sorcière ne sait pas ce qui l’attend. »

Nous y sommes, c’est le dernier jour du mois d’octobre, et avec lui, sa célèbre fête d’Halloween. Quoi de mieux que ce soir pour lire un roman de sorcières ? Pendant le premier confinement, nous avons dévoré – comme beaucoup – les séries Netflix, et avons découvert parmi celles-ci les Nouvelles aventures de Sabrina. Série que je regardais plus petite sur Canal J, autant pour la sorcière que pour son célèbre chat Salem. La série de notre enfance n’a absolument rien à voir avec cette nouvelle formule, plus adulte et plus axée sur la magie… Lorsque j’ai vu que le préquel de la série Netflix existait, je m’en suis emparé, et voici donc ma chronique…

Sabrina est une sorcière pas comme les autres. Son père sorcier et sa mère mortelle ont fait d’elle une « demi-sorcière ». Pourtant, ses tantes Hilda et Zelda, et son cousin Ambrose, comptent sur elle pour renier le monde mortel lorsqu’elle signera le livre du Seigneur Obscur, le 31 octobre, jour de son anniversaire. Ce dernier approche à grands pas, et Sabrina ne sait que faire. Elle adore ses amis mortels et la justice, et ne semble pas vouloir faire le mal… Pourtant, elle va jeter un sort à celui qu’elle aime le plus au monde…

C’est un plaisir de se plonger dans ce roman, en ayant déjà vu la série. On comprend plus de choses qui arriveront par la suite. Mais commencer par ce roman laisse un suspense des plus incroyables si vous regardez la série après. Une jolie lecture pour célébrer cette soirée d’Halloween – sans sortir de chez soi, un chat noir sur les genoux (le mien s’appelle Zouzou). Pour ma part, j’ai creusé mes traditionnelles citrouilles, et nous avons fait une tarte effrayante au chocolat avec ma Maman.

Joyeuse fête d’Halloween à toutes à et à tous, et surtout, restez prudents !

David Foenkinos, La famille Martin, Gallimard.

« En bas de chez moi, il y a une agence de voyages ; je passe chaque jour devant cet étrange bureau plongé dans la pénombre. L’une des employées sort souvent fumer devant la boutique, et demeure quasiment immobile en regardant son téléphone. Il m’est arrivé de me demander à quoi elle pouvait penser ; je crois bien que les inconnus aussi ont une vie. Je suis donc sorti de chez moi en me disant : si elle est là en train de fumer, elle sera l’héroïne de mon roman. »

« Je n’eus d’autre choix que de m’aventurer seul vers le salon. Comme à chaque fois que j’étais invité chez quelqu’un, je regardai la bibliothèque. J’ai l’impression qu’on peut tout savoir d’une personne en observant les livres qu’elle possède. A l’époque où je cherchais à acheter un appartement, je me dirigeais directement vers les étagères, en vue de découvrir les romans qui s’y trouvaient. S’il n’y en avait pas, je quittais aussitôt les lieux. Il m’était impossible d’acquérir un bien dont les précédents propriétaires ne lisaient pas. C’était comme apprendre qu’un crime horrible avait eu lieu au même endroit des années auparavant (chacun ses excès). De la même manière que certains croient aux revenants, je juge tout à fait crédible qu’il puisse exister une sorte de fantôme de l’inculture. »

J’ai découvert David Foenkinos quand j’avais une dizaine d’années, avec la sortie du film la Délicatesse. Ce dernier m’avait donné envie de lire le livre, et de fil en aiguille, j’ai lu tous les romans de l’auteur… et je n’ai pas perdu cette habitude. A chaque sortie, je me précipite à la librairie ! J’ai ouvert La famille Martin sans même lire la quatrième de couverture, pour avoir la surprise jusqu’au bout. Dès les premières pages, j’ai retrouvé l’écriture que j’aime tant de l’auteur…

Un écrivain en mal d’inspiration: c’est décidé, il va s’attacher au réel pour délaisser la fiction. Son prochain livre contera l’histoire d’un inconnu, le premier qu’il croisera. C’est Madeleine Tricot – drôle de nom pour une couturière – dame d’un certain âge. Après lui avoir expliqué son projet d’écriture, c’est toute la famille qu’il rencontre : la famille Martin. L’écrivain aux prises avec la vie réelle, entre dans l’intimité d’une famille dont les aventures seront romanesques…

La plume de David Foenkinos allie avec justesse humour, réalité et fiction. Ce roman a une haute portée philosophique. Alors que nous pensons respectivement, parfois, que notre vie est plate, identique à celle d’autres individus, il nous suffit de prendre le point de vue de l’écrivain pour en faire ressortir son originalité. Cette famille n’a rien de particulier mais en y regardant de plus près, ses aventures sont rocambolesques, romanesques, fantastiques. Un point de vue à adopter pendant le confinement !

Pauline Tressols-Féline, Une vie à tuer, Les Presses littéraires.

« En fait, je crois que plus que tout, le voyage contribue à donner une certaine perspective. Nous sommes coincés dans nos insignifiantes habitudes de vie et notre esprit, mais nous ne sommes pas bloqués physiquement. Et j’ai l’impression que le fait de nous éloigner de notre localisation corporelle peut aider à soulager notre état mental parfois malheureux, ainsi qu’à relativiser sur notre terne routine. »

« Cette nuit, j’ai rêvé que je revoyais ma voiture. Qu’elle était garée, à sa place, devant la maison. Je prenais tout simplement les clés, dans mon sac, allais l’ouvrir et récupérais mon carnet resté dedans. Je crois qu’il faudra que cela arrive, une fois que mon retour sera programmé. Je sens qu’il faut que je lui fasse face. En marchant. »

Un jour du mois de septembre dernier, je reçois un SMS avec la couverture de ce livre. C’est ma tutrice, celle qui a guidé mes premiers pas dans le métier de l’enseignement, et je la remercie pour cette belle année que nous avons passée toutes les deux ! Sa fille, que je connais et dont j’ai suivi le parcours universitaire, vient de publier son premier roman. Inutile de dire que dans les minutes qui suivaient, le livre était commandé ! J’avais hâte de le recevoir, et de le lire. C’est toujours une sensation particulière d’ouvrir un roman écrit par quelqu’un dont on connaît le visage, la voix, les attitudes dans « la vraie vie »… Surtout quand on découvre que cette personne écrit !

Alice est un peu perdue: en terminale, elle ne sait pas encore quelle orientation prendre. Dans un contexte familial qui porte le deuil, elle se retrouve à l’hôpital après un terrible accident de voiture. Avec l’aide de son kiné et de sa famille, Alice change de point de vue sur la vie… Un long chemin qu’elle emprunte…

Un roman à deux voix, celle d’une adolescente perdue et celle d’une jeune femme qui veut prendre en main son destin. L’écriture, dans une simplicité poétique, contraste avec la problématique sombre du roman : le déchirement qu’un adolescent peut vivre, des décisions irrévocables. Deux regards littéralement opposés portés sur la vie, ce roman est un véritable message d’espoir.

Didier Van Cauwelaert, L’inconnue du 17 mars, Albin Michel

« Le mardi matin, une animation frénétique et plombante a envahi mon territoire. Les derniers feux de la liberté. Des centaines de fourmis couraient dévaliser les commerces encore ouverts pour se préparer au siège, pouvoir effectuer en toute sérénité la métamoprhose légale qui ferait d’elles des cigales en vase clos. »

« Et donc je me nourris d’intelligence, d’imagination, d’amour, et je suis arrivée au bout de vos réserves. Vous ne produisiez plus de quoi assurer ma survie – pire : vous alliez causer la disparition de votre écosystème, que vous appelez prétentieusement « l’environnement » alors qu’il vous a créés. Et vous étiez sur le point de vous autodétruire par l’appât du gain, le fanatisme et la bêtise haineuse… Alors plusieurs options s’offraient à nous. »

Le 17 mars 2020. Je pense que ni vous ni moi n’oublierons cette date de sitôt… Ce fameux mardi matin marquait ces derniers instants de préparation au confinement – jusque là vaste concept encore non expérimenté. Une nouvelle organisation dans l’appartement pour que chacun puisse télétravailler à son poste sans gêner l’autre. Une propulsion vers l’inconnu: finalement, nous n’avons jamais le temps de prendre le temps d’être à la maison… Ce roman est un écho au confinement et son histoire relate ces derniers évènements que nous avons tous connus. J’avais hâte de lire ce livre, si proche de nous par cette situation…

Lucas était prof, avait une femme. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui il est SDF et apprend comme tous les français qu’à partir du 17 mars, il sera confiné. Un paradoxe alors qu’il vit dehors toute l’année. Mais un accident va bouleverser cette nouvelle période. Il se fait renverser par une voiture, et se retrouve avec son amour de jeunesse dans sa maison d’enfance… Comment est-ce possible ? Quelle tournure va prendre le confinement ?

Un roman qui vous replonge à la fois dans cette période de confinement, et qui vous permet de prendre le recul nécessaire sur son origine. Entre réalité et science-fiction, l’auteur nous engage à repenser notre façon de vivre et de consommer.

Fabrice Caro, Broadway, Gallimard.

« Quand on habite un fantasme, la moindre des politesses est d’avoir le bagage adéquat, il faut entrer dans un rêve comme on fait du tourisme: en respectant les us et coutumes du pays humble et polymorphe ».

« Rien ne ressemble jamais à ce qu’on avait espéré, rien ne se passe jamais comme on l’avait prévu, le résultat est toujours à des années-lumière de ce qu’on avait projeté, nous sommes tous dans une comédie musicale de spectacle de fin d’année, dans un Broadway un peu raté, un peu bancal, on se rêvait brillants, scintillants, emportés, et on se roule les uns sur les autres, et nos coudes dans nos bouches et nos cuisses entremêlées et nos diadèmes qui tombent sur nos yeux, et on s’extrait de son corps, on se regarde, impuissants et résignés, et on se dit: C’est donc ça la réalité. Tout est foireux par essence, mais on continue de se persuader qu’atteindre son but est la règle et non l’exception. »

J’ai été très occupée ces derniers temps et n’ai donc pas eu le temps de partager avec vous mes dernières lectures ! Comme j’ai un peu de temps devant moi, voici ma chronique sur Broadway de Fabrice Caro. J’ai découvert cet auteur avec sa célèbre bande dessinée Zaï Zaï Zaï Zaï qui m’avait fait beaucoup rire ! Il en avait été de même sur scène, lorsque j’assistais à la pièce radiophonique au théâtre. Lorsque j’ai vu ce nouveau roman, impossible de résister !

Alex a une situation tout à fait respectable: marié, deux enfants, un travail. Son fils dessine ses profs dans des postures obscènes, sa fille lui demande d’aller mettre des cierges pour tuer (au sens littéral) la nouvelle copine de son ex, et sa femme prévoit de partir avec son couple d’amis – amis qu’Alex n’a pas choisis, évidemment. Une situation somme toute banale. Par contre, ce qui est hors du commun, c’est l’arrivée de cette enveloppe bleue dans la boîte aux lettres, destinée à Alex: un courrier de la CPAM destiné aux hommes de cinquante ans. Mais lui n’en a que quarante-six… Erreur ? Destin ?

L’enveloppe bleue est le fil conducteur du roman. Elle nous entraîne dans les méandres de la pensée d’Alex. Un personnage haut en couleurs, qui se retrouve dans des situations cocasses. Situations absurdes que nous avons déjà rencontrées au cours de notre vie. Fous rires assurés en lisant ce roman qui dépeint une réalité bien plus réelle qu’on ne le pense…