Sylvain Tesson, Blanc, Gallimard.

« Dans l’allégeance à la blancheur, la neige sert de réflecteur à l’Imaginaire. On fend la substance des paysages, on est emporté par le flux, absorbé dans l’effort. Soudain, affleurent les souvenirs. Sans raison, apparaît un visage. C’est une visite clandestine née du Blanc. La fille que j’aimais, blanche blonde et bleue, s’invitait souvent dans mes jours de traversée. »

« Le ciel était froid, l’air vif, le monde semblait jeune : c’était le carillon du mensonge. En vérité la géologie s’effondrait et nous allions par les travées de la maison des morts. On croit que la montagne se dresse. Elle s’écroule. Le calcaire est une pierre de la sédimentation. »

Comme tous les nouveaux livres de Sylvain Tesson, j’attendais sa sortie avec impatience ! Et comme d’habitude, je prenais le temps de le contempler avant de l’ouvrir, le paradoxe qui me tient lorsque j’affectionne particulièrement la plume d’un auteur, refit surface : lire à la fois lentement pour m’imprégner de tous ces mots et en même temps lire vite pour découvrir ces mêmes mots…

Dans ce livre, Sylvain Tesson revient sur une aventure dans le grand Blanc, morcelée sur quatre hivers. Comme il sait si bien le faire, il nous entraîne avec lui dans ces paysages immaculés et dans ses réflexions.

Je suis toujours aussi séduite par la plume de cet auteur, chaque mot, chaque phrase, m’envoute… Mon carnet de citations se remplit toujours à l’issue d’une lecture de cet auteur !

Clin d’œil au concours organisé par Babelio et Gallimard, #claralitproust

Thierry Marx, Celui qui ne combat pas a déjà perdu, Flammarion

« Je préfère l’altruisme à la bienveillance. L’altruisme, c’est aider l’autre à s’épanouir, c’est voir en l’autre un potentiel, un talent. C’est lui dire : » tu as juste besoin d’un petit coup de main et tout va bien se passer.  » La bienveillance, c’est une approche un peu fausse, un peu fade. La bienveillance n’engage que celui qui s’en réclame. »

« Alors au Japon, en redescendant du mont Koyasan, je ne revenais peut-être pas plus fort mais plus sain, plus propre, délesté de mes haines et de mes idées revanchardes… J’ai gardé ce besoin de m’extraire un peu du chahut du monde. »

Aujourd’hui, je vous présente un livre singulier, que j’ai offert à mon cher et tendre il y a quelques temps. Me suivant dans ma passion cuisine, et découvrant de nombreux chefs, ce livre était fait pour lui. D’une part parce qu’il apprécie la cuisine de ce chef emblématique, et d’autre part parce qu’il pratique, tout comme Thierry Marx, le kendo.

Ce livre est à la fois une autobiographie, un parcours de vie mais aussi une réflexion sur les enjeux sociétaux de notre époque.

On apprécie l’alliance de la retrospection pour s’ancrer dans le présent et emmener le lecteur vers une philosophie de vie.

Clin d’œil à Masterchef et à la meilleure huile d’olive, Château Nasica, sélectionnée par les chefs.

Et si vous rêvez de porter le sabre et le casque (son vrai nom c’est le men) présents sur la photo, laissez vous tenter par le kendo et allez voir la page Fudokan Chaumont !

Christine André, Chadna un chien pas ordinaire, Librinova.

« Ils veulent rapidement satisfaire leurs envies et si possible sans trop dépenser. Enfantin, irresponsable me direz-vous ? Peut-être, mais notre société de surconsommation, hyper pressée, bien trop stressée, ne laisse que peu de place à la réflexion et à la patience. Voilà une des raisons pour laquelle les « usines à chiens » et autres entreprises de reproduction massive d’animaux de compagnie rencontrent un tel succès. »

« Un chien ne connaît pas la rancune, ce sentiment provoqué par le souvenir tenace et persistant d’une insulte, d’une offense, d’une humiliation ou même d’un préjudice et qui ne sert qu’à créer de l’hostilité et le désir de vengeance. »

Ça y est, je vous présente enfin un livre lu sur ma nouvelle liseuse ! Et pour cette première, un joli roman où l’on suit les aventures d’un chien, qui nous parle. Je remercie Librinova pour l’envoi de ce roman. Une belle découverte !

Xena est un jeune chien né dans une « usine à chiens ». Enfin adoptée, elle vit une première année délicieuse avec Tristan, son maître. La nouvelle compagne du jeune homme essaye de l’escroquer. Xena, qui a compris la supercherie, tente de toutes les manières d’avertir son maître. Y parviendra-t-elle ?

On aime la philosophie du jeune chien, qui nous rappelle que nous vivons souvent sans vraiment en avoir conscience. Le fait que ce soit Xena qui pointe nos modes de vie trop rapides, nous attendrit et nous permet de mener une véritable réflexion. Un roman fluide, touchant, et qui nous guide sur le chemin de la sagesse.

Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, Les Belles Lettres

« Le hasard a donné naissance à toutes les espèces de gouvernement parmi les hommes. Les premiers habitants furent peu nombreux, et vécurent pendant un temps, dispersés, à la manière des bêtes. Le genre humain venant à s’accroître, on sentit le besoin de se réunir, de se défendre ; pour mieux parvenir à ce dernier but, on choisit le plus fort, le plus courageux ; les autres le mirent à leur tête, et promirent de lui obéir. »

« Quiconque s’empare d’une ville ou d’un État, non pour y établir une monarchie ou une république, n’a qu’un moyen pour s’y maintenir, et il doit l’employer d’autant plus que les fondements de sa puissance sont faibles. Or ce moyen, pour le nouveau prince, consiste à établir toutes choses nouvelles comme lui ; ainsi, nouveau gouvernement, nouveaux hommes ; pour l’exercer, autorité nouvelle. Il faut qu’il imite le roi David, qui, dès le commencement de sa royauté, « combla de biens ceux qui en manquaient, et renvoya les riches les mains vides. » »

Quelle joie d’avoir reçu ce livre ! Comme vous le savez, j’ai fait une double licence ainsi qu’un double Master, de musicologie et de philosophie. Et Machiavel a toujours été un auteur que j’admire ! Je remercie donc Babelio ainsi que la maison d’édition Les Belles Lettres pour cet envoi revigorant, qui m’a replongée une décennie en arrière lorsque j’arpentais les couloirs du sixième étage à la fac, en quête de ce savoir philosophique.

Impossible de résumer ce livre sans délivrer le système de pensée du philisophe. Je n’entrerai pas plus dans les concepts philosophiques, je vous laisse le choix de vous y plonger ou pas. Néanmoins, on peut tout de même dire que ce livre reprend les fondements de la société, au sens très large.

Une lecture très plaisante quand on aime comprendre le fondement des éléments qui nous entourent aujourd’hui. Un livre criant de vérité, où finalement, la logique devrait être reine. C’est par son bafouement que la société etait déjà, et ce à l’époque de Tite Live, bancale- voire décadente.

Aly Deminne, Les bâtisseurs du vent, J’ai lu.

« Pauvre est le riche qui considère toujours son tout comme pas assez. Riche est le pauvre qui parvient toujours à faire du peu qu’il a son suffisant. De fait, il vaut mille fois mieux être un pauvre riche qu’un riche pauvre. »

« Ceci dit, il regrimpa au sommet. Et en gravissant son échelle, le bâtisseur réalisa qu’il existait trois types de personnes en ce bas monde; ceux qui faisaient, ceux qui constataient pour en témoigner, et ceux qui constataient pour critiquer. Et des trois, Andreï était heureux d’être de ceux qui faisaient. »

Ce roman fait partie de mes choix coup de coeur quand j’arpente une librairie. Une couverture, un titre qui m’attirent. Je ne lis alors la quatrième de couverture que dans un second temps. A ce jour, je n’ai eu que des jolies lectures ! Les Bâtisseurs du Vent ne fait pas exception. Je ne m’attendais pas à lire un conte moderne, qui s’inscrit dans notre société, malgré une certaine distance qui nous laisse un peu dans un monde intemporel…

Andreï vit dans un quartier pauvre. Comme ses voisins de fortune, ils sont tolérés par ce village reculé. Un orage terrible vient foudroyer l’église, la détruisant partiellement. Les devis proposés sont bien trop chers. Les instances du village ont alors la solution : les habitants du quartier pauvre, ces « étrangers » vont rebâtir l’église. Si Andreï se bat pour qu’en compensation ils acquièrent des titres de propriété, lesdits papiers vont s’avérer être faux. Il n’a plus le choix. S’il ne reconstruit pas l’église, son quartier sera rasé. Dans cette reconstruction qui semble folle, un vent de solidarité va rendre l’impossible possible…

Véritable conte philosophique, ce roman retranscrit à merveille la société dans toute sa splendeur, avec ses avantages et ses inconvénients. L’autrice y dépeint les différents caractères qui composent une communauté. On rit, on frissonne mais l’espoir est toujours au centre des actions du roman !

Emmanuelle Ménard, l’Ascenseur, l’échappée belle.

« MONTAIGNE- Oui c’est cela. La langue est le miroir idéal pour en apprendre sur la société : (Il montre son sac) Vous voyez, dans ma besace j’ai un calepin où je note tout ce que j’entends chez vous depuis deux jours. Tenez, je prends au hasard une liste : TGV, jogging, se grouiller, montre quartz, escalator, autoroute, plateau-télé… Je n’ai pas encore décrypté mais il semblerait que l’homme court toujours après le temps… »

« MONTAIGNE- Les Essais, vous connaissez sans doute ?

MARCEL- Je connais les Essais de Montaigne.

MONTAIGNE- Et bien c’est moi.

MARCEL- C’est vous… Qu’est-ce que vous voulez dire ?

MONTAIGNE- Montaigne, c’est moi. Je vous le dis entre quatre murs mais restez discret : il ne faudrait pas trop l’ébruiter.

MARCEL- Bien sûr, bien sûr… Et moi je m’appelle Rabelais.

MONTAIGNE- Rabelais ? Ce cher Rabelais qui, de son appétit démesuré a engrossé le monde des Lettres ? Mais c’est saint Pierre qui vous envoie ! »

Depuis ma première rencontre avec le théâtre, il est devenu une véritable passion. D’abord d’un point de vue scolaire, puis une option lourde au lycée. Une passion pour tous ses aspects : son histoire évidemment, mais aussi sa pratique. Aller au spectacle est devenue une seconde nature. Et après l’obtention de ma certification théâtre, j’ai le bonheur de partager ma passion avec mes supers lycéens en option théâtre. C’était une grande joie de découvrir un nouveau texte de théâtre. Je remercie Babelio et la maison d’éditions pour cet envoi. Un texte original qui a réussi cette prouesse de lier deux de mes passions : théâtre et philosophie.

Montaigne est envoyé sur terre par Saint Pierre qui veut quelques histoires de notre quotidien, pour se divertir. Il ne sera pas déçu. Montaigne reste coincé dans un ascenseur, tantôt auprès d’une femme d’affaires, tantôt auprès de Marcel, homme aux pensées suicidaires largué par sa femme. Montaigne aurait presque envie de rester sur terre… Va t-il y rester pour continuer ses Essais version société moderne ?

Un condensé de rire, un texte que nous imaginons sur scène, avec trois personnages hauts en couleur ! Un huis clos où quiproquos flirtent avec philosophie. Un Montaigne qui remet sa philosophie au goût du jour avec une découverte de notre monde.

Message pour mes élèves : peut être quelques extraits bientôt en cours ? 😉

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, Folio.

« Toute longue marche a ses airs de salut. On se met en route, on avance en cherchant des perspectives dans les ronces, on évite un village. On trouve un abri pour la nuit, on se rembourse en rêves des tristesses du jour. On élit domicile dans la forêt, on s’endort bercé par les chevêches, on repart au matin électrisé par la folie des hautes herbes, on croise des chevaux. On rencontre des paysans muets. »

Afin d’inaugurer ce blog, j’ai choisi de vous parler d’un de mes auteurs préférés: Sylvain Tesson.

En février 2019 est paru en poche son dernier roman (sorti en 2016 chez Gallimard). J’étais passée complètement à côté de ce dernier, et c’est sur le comptoir de ma librairie préférée que je l’ai vu. Ni une ni deux, il était dans mon sac…

Sylvain Tesson revient, après son accident. Il entreprend alors, à la fois comme une thérapie finale et comme un défi, une longue marche à travers les chemins oubliés de la France rurale. Un périple qui commence dans le sud-est de la France et qui s’achève dans le nord, au bord de la Manche. On suit l’auteur au grès de ses réflexions sur la déchéance de la terre, sur un physique qui le rattrape, immergé dans une nature qu’on ne sait plus apprécier. Une nature qu’on tente d’emprisonner, de contenir dans des endroits où le béton n’est pas encore de rigueur. Et puis, on découvre cet attachement que seuls encore les amoureux de la nature et les habitants de ces zones rurales ont pour leur pays, leur territoire, leur terre.

Un défi relevé, un style, celui de Sylvain Tesson mêlant sarcasme et douceur. Un livre qui se lit comme une ode à la vie !